# Comptabilisation d’un acompte sur immobilisation : les écritures à passer
L’acquisition d’une immobilisation représente souvent un investissement conséquent pour une entreprise, qu’il s’agisse de matériel industriel, de véhicules, de logiciels ou encore de bâtiments. Dans ce contexte, le versement d’acomptes avant la livraison définitive du bien constitue une pratique courante qui permet de sécuriser la commande tout en échelonnant les décaissements. Cette modalité de paiement nécessite toutefois un traitement comptable spécifique, encadré par le Plan Comptable Général. La maîtrise de ces écritures comptables s’avère indispensable pour assurer une comptabilisation conforme et éviter toute erreur lors de l’établissement des états financiers. Comprendre les mécanismes de comptabilisation des acomptes sur immobilisation vous permettra d’optimiser votre gestion financière et de respecter scrupuleusement les obligations réglementaires en vigueur.
Le cadre réglementaire de l’acompte sur immobilisation selon le PCG
Le Plan Comptable Général établit un cadre précis pour la comptabilisation des acomptes versés lors de l’acquisition d’immobilisations. Cette réglementation vise à garantir une représentation fidèle de la situation patrimoniale de l’entreprise et à assurer la comparabilité des états financiers entre les différentes entités économiques. Les normes françaises se distinguent par leur approche pragmatique, qui tient compte des réalités opérationnelles des entreprises tout en maintenant une rigueur comptable indispensable.
L’article 321-10 du plan comptable général et les avances sur immobilisations
L’article 321-10 du PCG précise que les immobilisations doivent être comptabilisées à leur coût d’acquisition, qui comprend le prix d’achat et l’ensemble des frais accessoires directement attribuables. Cependant, tant que l’immobilisation n’est pas mise en service, les sommes versées ne peuvent être enregistrées dans les comptes définitifs d’immobilisation. Cette disposition fondamentale explique l’existence de comptes d’attente spécifiques pour les acomptes. Selon les données de l’Autorité des Normes Comptables, près de 68% des entreprises françaises versent au moins un acompte lors de l’acquisition d’immobilisations importantes, ce qui souligne l’importance pratique de cette problématique.
La distinction entre acompte et avance selon les normes comptables françaises
La terminologie comptable française établit une distinction subtile entre acompte et avance, même si ces termes sont fréquemment utilisés de manière interchangeable dans le langage courant. Un acompte désigne un paiement partiel effectué en contrepartie d’une exécution partielle de la prestation, tandis qu’une avance correspond à un versement anticipé avant tout commencement d’exécution. Dans le contexte des immobilisations, cette distinction revêt une importance limitée puisque les deux situations sont traitées comptablement de manière identique, via les comptes 237 et 238. Néanmoins, comprendre cette nuance vous permettra d’appréhender plus finement les mécanismes juridiques et financiers sous-jacents à ces opérations.
Les obligations du règlement ANC n°2014-03 relatif aux immobilisations
Le règlement ANC n°2014-03 a modernisé le traitement comptable des immobilisations en France, en clarifiant notamment les modalités d’évaluation et de comptabilisation initiale. Ce texte impose une approche par composants pour certaines catégories d’immobilisations et précise les conditions dans lesqu
elles peuvent être inscrites à l’actif du bilan. Tant que le bien n’est pas disponible et en état de fonctionner, les versements réalisés demeurent en tant qu’avances et acomptes sur immobilisations. Le règlement précise également que ces acomptes doivent être suivis individuellement, de façon à pouvoir être rattachés sans ambiguïté à la future immobilisation, puis reclassés au moment de la mise en service. Enfin, l’ANC insiste sur l’obligation de déprécier un acompte si la valeur recouvrable de l’immobilisation projetée devient inférieure au montant versé, par exemple en cas de renégociation du contrat ou d’abandon partiel du projet.
Le traitement fiscal des acomptes versés avant livraison du bien
Sur le plan fiscal, la logique rejoint largement celle du Plan Comptable Général : un acompte sur immobilisation ne constitue ni une charge fiscalement déductible, ni une immobilisation amortissable tant que le bien n’est pas livré et mis en service. Il est traité comme une créance immobilisée, sans impact immédiat sur le résultat imposable. Le traitement de la TVA obéit, lui, à des règles spécifiques : depuis les évolutions récentes de la réglementation, la TVA est en principe exigible dès l’encaissement de l’acompte, que l’on parle de biens ou de prestations, dès lors qu’une facture d’acompte est émise. L’entreprise peut donc déduire la TVA correspondante au compte 44562 au moment du versement, sous réserve que toutes les mentions obligatoires figurent sur la facture.
Concrètement, cela signifie qu’un acompte sur immobilisation corporelle améliore parfois la trésorerie fiscale de l’entreprise, puisqu’elle peut récupérer la TVA avant même la mise en service du bien. En revanche, aucune dotation aux amortissements ne peut être pratiquée avant la date effective de mise en service, ce qui reporte dans le temps la déduction de la valeur de l’immobilisation. En cas d’annulation de commande, la facture de remboursement d’acompte entraîne une régularisation de TVA : la taxe initialement déduite doit être reversée, ce qui impose un suivi rigoureux des flux d’acomptes pour limiter les risques de redressement lors d’un contrôle fiscal.
L’écriture comptable lors du versement de l’acompte sur immobilisation corporelle
Le versement d’un acompte sur immobilisation corporelle suit un schéma comptable relativement simple, mais qui doit être appliqué avec rigueur pour assurer la traçabilité de l’opération jusqu’à la mise en service du bien. À ce stade, vous n’enregistrez pas encore une immobilisation au compte 21, mais une créance sur le fournisseur au sein de la classe 2. Ce traitement permet de distinguer clairement les immobilisations acquises et utilisables des investissements encore en cours de réalisation ou de livraison.
Le débit du compte 237 « avances et acomptes versés sur commandes d’immobilisations corporelles »
Lors du paiement de l’acompte, le compte pivot est le compte 237 Avances et acomptes versés sur commandes d’immobilisations corporelles. Ce compte enregistre le montant hors taxes de l’acompte lorsque la TVA est déductible, ou le montant TTC si la TVA n’est pas récupérable. En le débitant, vous constatez qu’une partie du coût futur de l’immobilisation a déjà été versée à votre fournisseur, sans que le bien soit encore intégré à l’actif immobilisé. C’est en quelque sorte une « antichambre » de l’immobilisation définitive.
Pour affiner le suivi, il est conseillé de subdiviser le compte 237 : 2372 pour les terrains, 2373 pour les constructions, 2375 pour le matériel industriel, etc. Cette ventilation par nature d’immobilisation facilite ensuite le reclassement dans le compte 21 approprié, mais aussi les travaux d’inventaire. Vous pouvez ainsi savoir, à tout moment, quels montants ont été versés pour chaque projet ou catégorie d’actifs, ce qui est précieux pour le pilotage budgétaire et la préparation des budgets d’investissement.
Le crédit du compte 512 « banque » ou 404 « fournisseurs d’immobilisations »
En contrepartie du débit du compte 237, vous créditez généralement le compte 512 Banque, lorsque l’acompte est réglé immédiatement par virement, chèque ou prélèvement. L’écriture type au moment du paiement d’un acompte de 10 000 € HT avec une TVA à 20 % sera donc la suivante :
| Compte | Intitulé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 237 | Avances et acomptes versés sur immobilisations corporelles | 10 000 € | |
| 44562 | TVA déductible sur immobilisations | 2 000 € | |
| 512 | Banque | 12 000 € |
Dans certains cas, notamment lorsque vous enregistrez d’abord la facture d’acompte avant son règlement, vous pouvez créditer un compte 404 Fournisseurs d’immobilisations. L’écriture de base reste la même, mais la sortie de trésorerie interviendra dans un second temps, lorsque vous solderez le compte 404 par le compte 512. Vous choisissez ainsi entre une logique « à l’encaissement » (enregistrement direct en banque) ou « à l’engagement » (enregistrement de la dette fournisseur d’immobilisation), en fonction de vos procédures internes.
La gestion de la TVA déductible sur acompte au compte 44562
La TVA déductible sur acompte d’immobilisation s’enregistre au compte 44562 TVA sur immobilisations. Dès lors qu’une facture d’acompte en bonne et due forme vous est remise, mentionnant le montant de TVA, vous pouvez en principe déduire cette taxe au moment du versement de l’acompte. C’est un point important à maîtriser pour optimiser votre trésorerie, car vous n’avez pas besoin d’attendre la facture de solde ou la mise en service du bien pour récupérer cette TVA.
Attention toutefois à deux écueils fréquents : d’une part, l’oubli d’enregistrer la TVA sur acompte, qui conduit à une déduction tardive et donc à un manque à gagner temporaire pour l’entreprise ; d’autre part, la déduction de TVA alors que la facture ne comporte pas toutes les mentions obligatoires ou que l’opération est finalement annulée. Dans ce dernier cas, il faudra passer une écriture de régularisation pour extourner la TVA initialement déduite. Vous voyez à quel point un suivi méticuleux des factures d’acompte et des régularisations éventuelles est indispensable.
L’enregistrement comptable d’un acompte avec retenue de garantie
Dans certains secteurs, en particulier le bâtiment ou les projets industriels complexes, les contrats prévoient une retenue de garantie. Celle-ci correspond à une fraction du prix (souvent 5 %) que le client retient temporairement pour se prémunir contre d’éventuels défauts ou réserves. Comment comptabiliser un acompte sur immobilisation intégrant une telle retenue ? D’un point de vue pratique, l’acompte est généralement calculé sur le montant hors retenue, la retenue de garantie étant traitée séparément au moment des situations de travaux ou de la facture définitive.
Lorsque l’acompte lui-même fait l’objet d’une retenue, vous enregistrez la totalité de l’acompte contractuel au compte 237, puis vous créditez le compte 404 pour le montant brut et un compte spécifique de retenue (par exemple un sous-compte de 404 ou un compte 409) pour la partie non versée. La sortie de trésorerie au compte 512 ne portera que sur le montant réellement payé. Cette approche permet de conserver en comptabilité la trace intégrale de la créance sur le fournisseur au titre de l’immobilisation, tout en reflétant fidèlement les flux de trésorerie liés à la retenue de garantie.
L’écriture de transfert lors de la réception définitive de l’immobilisation
Lorsque l’immobilisation est livrée et mise en état de fonctionner, il convient de la transférer des comptes d’avances et acomptes vers les comptes d’immobilisations définitifs. C’est à ce moment que l’actif entre réellement dans le patrimoine immobilisé de l’entreprise, et que sa base amortissable est déterminée. Cette étape de reclassement est cruciale : mal réalisée, elle peut fausser le bilan et retarder le démarrage des amortissements, avec un impact direct sur votre résultat.
Le débit des comptes d’immobilisation 21 selon la nature du bien acquis
Au moment de la réception définitive, vous débitez le compte d’immobilisation concerné dans la série 21. Il peut s’agir, par exemple, du compte 213 Constructions, 215 Installations techniques, matériel et outillage industriels, 2182 Matériel de transport ou encore 2183 Matériel de bureau et informatique. Le montant inscrit correspond au coût d’acquisition total de l’immobilisation, c’est-à-dire le prix d’achat, augmenté des frais directement attribuables (transport, installation, mise en service, droits de douane) et diminué des remises commerciales.
Si plusieurs acomptes ont été versés, leurs montants HT cumulés, déjà enregistrés au compte 237, viendront en diminution du solde à payer. Le principe est similaire à celui d’un puzzle : chaque acompte est une pièce que vous avez préalablement mise de côté au compte 237 ; lorsque le bien est livré, vous assemblez toutes ces pièces dans le compte 21, qui devient la photographie fidèle de l’investissement réalisé. C’est à partir de ce montant que seront ensuite calculés les amortissements économiques et fiscaux.
Le crédit du compte 237 pour solde des acomptes versés
Pour solder les acomptes versés, vous créditez le compte 237 du montant total des avances enregistrées depuis le début du projet. L’écriture de transfert se présente généralement ainsi, pour un bien d’une valeur de 100 000 € HT, financé par un acompte de 30 000 € HT déjà versé :
| Compte | Intitulé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| 21x | Immobilisation corporelle (selon nature) | 100 000 € | |
| 237 | Avances et acomptes versés sur immobilisations corporelles | 30 000 € | |
| 404 | Fournisseurs d’immobilisations | 70 000 € |
En procédant ainsi, vous soldez entièrement le compte 237 et transférez sa contre-valeur au compte d’immobilisation 21. Le compte 404 reflète alors le solde restant dû au fournisseur. Cette écriture de reclassement est un passage obligé avant l’enregistrement de la facture de solde et du paiement définitif : elle garantit que les acomptes, qui figuraient jusque-là en tant que créances immobilisées, sont désormais intégrés dans la valeur de l’actif correspondant.
La comptabilisation du solde à payer au fournisseur d’immobilisation
Une fois l’immobilisation enregistrée et la facture définitive reçue, il reste à constater et régler le solde dû au fournisseur. Si vous avez déjà inscrit le montant TTC de la facture au crédit du compte 404, l’écriture de règlement consistera à débiter ce compte et à créditer le compte 512 Banque pour le montant effectivement payé. La TVA déductible complémentaire (si elle n’a pas déjà été intégralement constatée lors des acomptes) sera, elle, enregistrée au débit du compte 44562.
Dans notre exemple, si la facture finale mentionne 100 000 € HT, 20 000 € de TVA et 30 000 € d’acomptes déjà versés, le solde à payer sera de 90 000 € TTC. L’écriture d’achat intégrera l’immobilisation au compte 21x et la TVA au compte 44562, tandis que la dette résiduelle envers le fournisseur sera portée au compte 404, puis soldée au paiement. Veillez à ce que le lettrage du compte 404 fasse clairement apparaître la correspondance entre acomptes, facture finale et règlement, afin de sécuriser vos rapprochements comptables.
Le traitement spécifique des acomptes sur immobilisations incorporelles
Les immobilisations incorporelles, telles que les logiciels, licences, brevets ou fonds de commerce, obéissent aux mêmes principes généraux que les immobilisations corporelles, mais avec quelques spécificités. Les sommes versées avant la mise en service de ces actifs ne peuvent pas non plus être directement immobilisées au compte 20 ; elles sont enregistrées dans des comptes d’avances et acomptes dédiés, puis reclassées une fois que les conditions de comptabilisation d’une immobilisation incorporelle sont remplies.
L’utilisation du compte 238 pour les logiciels et licences en cours d’acquisition
Pour les immobilisations incorporelles, on utilise le compte 237 Avances et acomptes versés sur immobilisations incorporelles, parfois subdivisé selon la nature de l’actif (logiciels, licences, droits d’auteur, etc.). Lorsque vous versez un acompte pour l’acquisition d’un logiciel ou d’une licence, vous débitez le compte 237 et le compte 44562 pour la TVA déductible, et vous créditez le compte 512 Banque ou 404 Fournisseurs d’immobilisations selon que vous enregistrez d’abord le règlement ou la facture.
À la livraison du logiciel ou à la mise à disposition de la licence, le montant cumulé des acomptes est transféré vers le compte 205 Concessions et droits similaires, brevets, licences, logiciels. Le schéma est identique à celui étudié pour les immobilisations corporelles : le compte 237 est soldé par le crédit, et le compte 205 est débité pour le coût d’acquisition total. Vous pouvez alors débuter l’amortissement de l’immobilisation incorporelle à compter de sa mise en service, généralement sur une durée relativement courte (3 à 5 ans pour un logiciel, par exemple).
La comptabilisation des acomptes sur brevets et fonds de commerce
Les acomptes versés pour l’acquisition de brevets, marques ou savoir-faire suivent la même logique : vous utilisez le compte 237 tant que le transfert de propriété n’est pas effectif et que les conditions de comptabilisation d’un actif incorporel identifiable ne sont pas réunies. Une fois le brevet cédé et les droits enregistrés, le montant total est reclassé en compte 205 ou 207 selon la nature du droit acquis. Cette étape est particulièrement importante dans les opérations de R&D, où de nombreux versements peuvent intervenir bien avant la finalisation juridique du transfert.
Pour les fonds de commerce, le traitement est plus sensible encore : l’acompte versé lors de la signature d’une promesse de cession est comptabilisé au compte 237, sans être encore inscrit au compte 207 Fonds commercial. Ce n’est qu’au moment de la réalisation définitive de la cession (passage chez le notaire, publication légale, etc.) que l’ensemble de la contrepartie est immobilisé. En cas d’échec de la cession ou de contentieux, les acomptes versés peuvent donner lieu à des remboursements, des indemnités ou des pertes, ce qui nécessite parfois des régularisations complexes, y compris la constatation de dépréciations ou de charges exceptionnelles.
Les écritures d’acompte pour les concessions et droits similaires
Les concessions de service public, droits d’exploitation de réseaux, franchises ou autres droits similaires constituent également des immobilisations incorporelles. Là encore, les acomptes versés avant la signature définitive du contrat ou avant l’entrée en vigueur de la concession sont portés au compte 237. Une fois le droit effectivement accordé et exploitable, ils sont transférés au compte 205, où ils seront amortis sur la durée estimée de la concession ou de la franchise.
Imaginez, par exemple, une entreprise qui verse plusieurs acomptes pour obtenir une concession d’exploitation sur 15 ans : pendant la phase de négociation et de mise en place, ces versements s’accumulent au compte 237 ; dès la signature définitive, ils sont reclassés au compte 205 et l’amortissement démarre. Comme pour toutes les immobilisations incorporelles, il est essentiel de documenter précisément les contrats et conditions, afin de justifier la comptabilisation en immobilisation et la durée d’amortissement retenue en cas de contrôle.
Les acomptes sur immobilisations en cours et production immobilisée
Dans de nombreux projets, l’entreprise ne se contente pas d’acheter un bien « clé en main » à un fournisseur : elle réalise elle-même une partie des travaux, ou coordonne plusieurs intervenants pour construire une immobilisation complexe (machine spéciale, bâtiment industriel, ligne de production, etc.). Dans ce contexte, les acomptes versés à des tiers coexistent avec des coûts de production internes, qui doivent être capitalisés dans des comptes d’immobilisations en cours.
Le compte 232 pour les immobilisations corporelles en cours de construction
Lorsque l’entreprise réalise elle-même la construction d’une immobilisation corporelle, elle utilise le compte 231 ou 232 Immobilisations corporelles en cours. Ces comptes regroupent tous les coûts de production internes (matières consommées, frais de personnel, frais de sous-traitance directement affectables, etc.) engagés pour le projet. Ils ne concernent pas directement les acomptes versés, mais ils constituent la contrepartie « interne » de l’investissement en cours, parallèlement aux acomptes enregistrés en compte 237 pour les travaux confiés à des tiers.
Par exemple, pour la construction d’un bâtiment, les factures des artisans (maçonnerie, électricité, menuiserie) payées par acomptes sont comptabilisées en 237 ou 238, tandis que les coûts internes de suivi de chantier, d’ingénierie ou de main-d’œuvre sont portés au compte 231 ou 232. À la fin des travaux, l’ensemble est transféré au compte 213 Constructions. Ce mécanisme permet de présenter au bilan un coût global de l’immobilisation, intégrant à la fois les acomptes versés aux fournisseurs et la production immobilisée réalisée par l’entreprise elle-même.
La distinction entre acompte versé et coûts de production capitalisés
Il est fondamental de bien distinguer dans votre comptabilité deux catégories de dépenses d’investissement : d’un côté, les acomptes versés à des fournisseurs d’immobilisations (comptes 237/238) ; de l’autre, les coûts de production internes capitalisés (comptes 231/232). Les premiers correspondent à des créances sur des tiers en attente de réception, les seconds à des coûts déjà engagés par l’entreprise qui vont être incorporés dans la valeur de l’immobilisation.
Une bonne pratique consiste à tenir un tableau de suivi par projet, faisant apparaître d’un côté les acomptes et situations de travaux payés aux fournisseurs, de l’autre les coûts de production interne. À la clôture de l’exercice, ce suivi facilite l’évaluation des immobilisations en cours : vous pouvez alors vérifier que tous les montants pertinents sont bien capitalisés, y compris les « petites » factures inférieures à 500 € HT qui, lorsqu’elles sont directement liées au projet (outillage spécifique, frais d’installation, etc.), doivent être intégrées au coût de l’immobilisation plutôt que passées en charges.
Le traitement des situations de travaux et décomptes partiels
Dans les opérations de construction ou de gros travaux, les fournisseurs émettent souvent des situations de travaux, sortes de factures intermédiaires qui constatent l’avancement du chantier à une date donnée. Chaque situation peut donner lieu à un acompte, assorti ou non d’une retenue de garantie. Comptablement, chaque facture de situation est enregistrée au débit du compte 237 ou 238 (pour la part immobilisable) et du compte 44562 pour la TVA, et au crédit du compte 404 Fournisseurs d’immobilisations.
Au fur et à mesure des situations, le solde du compte 237/238 reflète la part du coût de l’immobilisation déjà facturée par les tiers, tandis que le compte 231/232 retrace la production interne immobilisée. À la réception définitive du bien et à la levée des éventuelles réserves, l’ensemble de ces montants est transféré en compte 21. Cette mécanique peut sembler lourde, mais elle fonctionne un peu comme un carnet de chantier : chaque situation de travaux est une étape, et la comptabilité vous permet de suivre précisément le coût cumulé du projet à chaque date de clôture.
Les cas particuliers et régularisations comptables des acomptes
La vie des affaires n’est pas toujours linéaire : annulation de commande, renégociation, litiges, variations de change… autant de situations qui imposent de réviser le traitement des acomptes sur immobilisations. Le Plan Comptable Général prévoit plusieurs mécanismes de régularisation pour que vos comptes continuent de refléter une image fidèle de la réalité économique, même lorsque le scénario initial ne se déroule pas comme prévu.
L’annulation d’une commande et remboursement d’acompte au compte 791
Lorsque la commande d’une immobilisation est annulée et que l’acompte est remboursé intégralement, vous extournerez tout simplement les écritures initiales : le remboursement en banque viendra débiter le compte 512 et créditer le compte 237, qui sera ainsi soldé, tandis que la TVA initialement déduite devra être régularisée par le crédit du compte 44562. Si, en revanche, l’acompte n’est que partiellement remboursé ou si une indemnité est versée (par exemple, retenue contractuellement par le fournisseur), la partie non récupérée peut constituer un produit exceptionnel ou une charge selon la situation.
Lorsque l’entreprise renonce définitivement à son projet d’immobilisation et qu’elle ne récupère pas tout ou partie de l’acompte, le montant non remboursé peut être transféré en compte 671 Charges exceptionnelles ou, en cas de résiliation avantageuse, en compte 791 Transferts de charges d’exploitation si l’acompte avait été initialement comptabilisé différemment. L’important est de bien documenter la cause de l’annulation (décision interne, défaillance du fournisseur, clause pénale, etc.) pour justifier le traitement retenu lors d’un éventuel contrôle.
La dépréciation d’un acompte versé selon l’article 214-17 du PCG
L’article 214-17 du PCG rappelle que les immobilisations doivent faire l’objet d’une dépréciation si leur valeur actuelle devient inférieure à leur valeur nette comptable. Ce principe s’applique également aux acomptes versés, dès lors qu’il existe un risque identifié de non-réalisation totale ou partielle de l’immobilisation projetée, ou de renégociation à la baisse du prix. Dans une telle situation, vous devez constater une dépréciation au débit d’un compte 6866 Dotations aux provisions pour dépréciation des immobilisations, et au crédit d’un compte de provision correspondant (par exemple 297 pour les avances et acomptes dépréciés).
Cette dépréciation ne remet pas en cause l’existence de l’acompte lui-même, mais elle vient corriger sa valeur au bilan pour refléter la perte potentielle. Si, ultérieurement, la situation s’améliore (finalisation du contrat, obtention d’un remboursement, etc.), la provision sera reprise par le crédit du compte 7816, ce qui améliorera alors le résultat de l’exercice. Ce mécanisme fonctionne un peu comme un « coussin de sécurité » : vous anticipez le risque de perte sur l’acompte au moment où il devient probable, plutôt que d’enregistrer brutalement la totalité de la perte lors de sa réalisation effective.
Le traitement des écarts de change sur acomptes en devises étrangères
Enfin, lorsque les acomptes sur immobilisations sont versés en devises étrangères, ils sont soumis au risque de change entre la date de versement et la date de règlement définitif ou de réception du bien. À la date de clôture, les soldes des comptes 237 libellés en devises doivent être réévalués au cours de clôture. Les écarts de change latents constatés à cette occasion sont enregistrés en produits ou charges financiers (comptes 766 et 666), ou font l’objet de provisions pour pertes de change si le risque est significatif.
Au moment du règlement final ou de la livraison de l’immobilisation, les écarts de change réalisés viennent également impacter le résultat financier. Ils n’entrent pas dans le coût d’acquisition de l’immobilisation, sauf cas très particuliers de couverture de change directement liée à l’opération. Pour sécuriser ces opérations en devises, beaucoup d’entreprises mettent en place des couvertures et suivent de près l’évolution des cours : la comptabilité des acomptes devient alors le miroir fidèle de cette gestion du risque de change, en traduisant dans les états financiers les gains ou pertes générés par les fluctuations monétaires.